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Que penser des parfums naturels ?

Les marques s’emparent du thème de la naturalité. Cause sérieuse ou argument marketing ? On fait la part des choses.

Publié le
26 février 2020

par
Samuel Fillon

A l’heure de l’urgence climatique, il est du devoir de chacun d’analyser au plus près sa consommation pour vivre de façon plus sobre et plus responsable. Déplacements, loisirs, vêtements et alimentation sont nos habitudes les plus scrutés, qu’en est-il du parfum ? Est-il de ces produits dont la consommation a un impact important ou au contraire négligeable au regard du gros de nos émissions ? Porte-t-il atteinte de façon directe ou indirecte à l’intégrité des écosystèmes ? Faisons le point ensemble au travers de l’exploration des dénominations "bio" et "naturel", accompagnées ou non de certifications, utilisées par certaines marques.

Bilan carbone du parfum

Selon le cabinet d’études environnementales Carbone 4, les émissions de carbone liées à l’achat d’un parfum seraient de 16kgCO2. Si l’on cherche à mettre ce chiffre en perspective, cet achat serait comparable aux émissions de 137,8 km d’une voiture à essence standard ou encore à la consommation de 900g de viande de boeuf (en équivalent carbone).

Pour creuser d’avantage, comprenons que l’empreinte carbone dans le parfum est liée avant tout à 2 éléments :

  • L’acheminement des éléments constitutifs du packaging et du produit fini. Pas de miracle, le poids du produit va de pair avec son bilan carbone. C’est une des raisons pour lesquelles les marques utilisent du verre de plus en plus fin dans les flacons – ne nous méprenons pas, les économies de carburant sont aussi des économies tout court.
  • La production et l’acheminement du concentré de parfum qui est lui-même d’origine synthétique et naturelle.

Que l’on parle d’ingrédients d’origine naturelle ou non, difficile de faire de moyenne ou de généralisation tant chaque cas est original et spécifique. Malgré tout, suite à une discussion avec le directeur marketing d’une grande marque de parfum qui avait demandé à un cabinet d’évaluer le bilan carbone d’une de leur gamme, il est ressorti que ~50% des émissions étaient liées au transport et à l’acheminement des éléments de packaging et du produit fini et les 50% restants… aux 5% de matière naturelle présents dans la composition.

Si on s’arrête 2 secondes pour réfléchir, c’est assez logique. Le principe même de la chimie de synthèse en parfumerie est :

  • de créer des molécules qui n’existent pas à l’état naturel (ex. la calone et son odeur marine ou l’odeur du muguet qui est une fleur muette, c'est-à-dire qui ne se laisse pas extraire), ou dont l’extraction naturelle est encadrée ou interdite (ex. la civette entre autres odeurs animales)
  • de maîtriser le processus de production, notamment les coûts et l’homogénéité du résultat.

On produit de nos jours des molécules, disons la vanilline, pour quelques dizaines d’euros la tonne avec des rendements extrêmement optimisés énergétiquement. En comparaison, la vanille de madagascar coûte quelques centaines d’euro le kilo en gousse, qui ne contiennent elles-mêmes que 2% en masse de vaniline qu’il faudra ensuite extraire par distillation. Côté empreinte carbone, il faut transporter les précieuses gousses de Madagascar vers l’Europe puis les faire chauffer dans des cuves de distillation pour en extraire le distillat.

Entre la vanilline obtenue par voie de synthèse ou celle extraite des gousses, la molécule elle-même est rigoureusement la même. Cependant, le produit de l’extraction de la vanille naturelle présente une odeur beaucoup plus riche en raison des nombreux autres composés entraînés, à la différence de la vanilline synthétique qui aura une odeur plus pure et donc plus “plate”. Ceci nous emmène sur un autre terrain, celui de l’olfaction.

Matières naturelles et olfaction

Qui dit matière naturelle à 100% dit réduction drastique de la palette créative du parfumeur. Là où un parfumeur typique utilise facilement plus de 500 matières premières, un peu plus d’une centaine resteront accessible sous cette contrainte de “naturalité”. Les clichés fusent sur ces jus qui, non, ne sentent pas forcément le pissenlit et les vers de terre et peuvent donner des créations subtiles et originales. La richesse olfactive des matières naturelles peuvent compenser cette réduction des possibilités mais on dira au revoir aux aldéhydes qui ont fait la renommée de Chanel N°5, ou encore au musc (aujourd’hui synthétique) qui permet de faire “tenir” votre parfum toute la journée (ou toute la nuit !).