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Eau de Toilette ou Eau de Parfum, quelle différence ?

Cologne, Extrait… Pour ne pas s’y perdre, on fait le point.

Publié le
26 février 2020

par
Samuel Fillon

Quand on achète un parfum, une mention un peu obscure nous précise qu’il s’agit d’une “Eau de Toilette” ou d’une “Eau de Parfum”... Quelle est réellement son importance ?

A l’origine, la maturation du parfum

Une fois la formule d’un nouveau parfum trouvée, la première étape consiste à peser et mélanger les matières premières pures qui sont laissées à maturation pendant quelques semaines. Ce mélange, appelé concentré de parfum est ensuite dilué dans l’alcool et c’est la dilution du concentré qui donne les termes d’Eau de Toilette, Eau de Parfum, etc. :

Pour repère :

  • Eau Fraîche ou de Cologne : < 7% de concentré
  • Eau de Toilette : 7 à 12%
  • Eau de Parfum : 12 à 20%
  • Parfum, Extrait ou Absolu de Parfum : 20 à 40%

Attention à ne pas trop simplifier non plus, lorsqu’un parfum est disponible dans des concentrations différentes, le plus souvent en Eau de Toilette et en Eau de Parfum, la concentration n’est pas la seule différence. Les parfumeurs conservent souvent un esprit commun aux deux versions mais adaptent la structure du parfum pour qu’il reste équilibré – par exemple en forçant le trait sur les notes de coeur / fond dans la version Eau de Parfum. Il faut garder à l’esprit que ces différentes appellations ne sont pas encadrées et acheter une “Eau de Parfum” ne garantit pas une concentration en matière odorante.

Pourquoi utilise-t-on de l’alcool dans le parfum ?

On utilise en fait de l’ethanol (d’autres bases sont rarement utilisées) car :

  • C’est un solvant qui dissout les huiles essentielles et se mélange avec l’eau
  • Il a une volatilité élevée donc s’évapore rapidement en entraînant les molécules odorantes du parfum

Et oui, l'éthanol, celui-là même que vous consommez le samedi soir sauf qu’en fait pas tout à fait, non. Pour éviter les dérives, les fabricants de parfums utilisent de l'éthanol dénaturé (appelé SD Alcool sur les étiquettes). Aussi, si vous vous retrouvez à cours de boisson lors de votre prochaine soirée pyjama, un petit conseil : laissez votre flacon sur votre étagère de salle de bain au risque d’expérimenter une gueule de bois nettement plus violente que prévue avec au menu diarrhées et vomissements...

Pour aller plus loin : La saga de l’Eau de Cologne

Tout commence à Florence au XVIIe dans la pharmacie du couvent Dominicain Santa Maria Novella. À l’époque, on considère que l’odeur est “l’âme du médicament” et un remède qui sent bon est donc forcément plus efficace. Logique. Un commerçant Italien implanté en Allemagne, Giovanni Paolo Feminis, aurait à cette époque mis la main sur une préparation des frères dominicains à base d’agrumes et de plantes aromatiques. Cette eau aux agrumes est introduite dans le catalogue de Feminis, une fois rentré à Cologne où il réside.

Pendant ce temps là, au début du XVIIIe, un certain Giovanni Maria Farina s’installe dans la ville de Cologne. D’origine Piémontaise, il a été formé à la parfumerie par un oncle installé à Venise. Farina décide de s’installer en Allemagne, à Cologne où réside son grand-oncle Giovanni Paolo Feminis. Ce dernier, sans descendance, lègue à Giovanni Maria le secret de la décoction récupérée des frères Dominicains. Pour remercier sa ville adoptive, alors “Ville Libre” du Saint Empire Romain dont il est difficile d’obtenir la citoyenneté, Giovanni Maria aurait alors baptisé “Eau de Cologne” ce parfum créé à partir d’une base d’agrumes (citron, orange, bergamote, mandarine et pamplemousse), de cèdre et de plantes aromatiques. A l’époque, la mode est aux parfums musqués et les agrumes, c’est vraiment nouveau. Le parfum plaît tant qu’il devient un indispensable des Grandes Cours Européennes – Louis XV et plus tard Mozart et Napoléon Bonaparte en aurait été des grands consommateurs. Giovanni Maria utilise le terme bien Français d’Eau de Cologne et se fait appeler Jean-Marie Farina, le Français étant la langue de de la haute société de l’époque. Un pur dandy, ce Jean-Marie !

A la fin du XVIIIe siècle, Napoléon annexe Cologne et le parfum est copié sans vergogne– pas de droit des marques à l’époque ! – pour devenir un terme désignant un parfum léger et hespéridé (lien vers article sur les familles olfactives). En 1806, un Farina, descendant de Jean-Marie, s’installe à Paris et crée avec l’accord de la famille encore installée à Cologne, sa marque de parfum. Les créations sont différents des originaux même s’il reprend le nom de Jean-Marie Farina. Bien plus tard, le groupe Roger & Gallet rachètera la marque pour créer son Eau de Cologne Jean-Marie Farina “Extra-Vieille”. Le parfum existe encore même s’il est probablement assez différent de l’original.

De nos jours, on associe plutôt l’Eau de Cologne à un mélange Old School d’agrumes mais les américains ont gardé le terme de cologne pour désigner n’importe quel parfum masculin (les américains ne sont pas particulièrement fans des odeurs fortes).

Un peu moins glamour, le terme d’Eau de Toilette vient de la Renaissance où les bains et autres lavages à l’eau n’étaient pas exactement une routine ancrée dans les usages. On faisait plutôt “sa toilette” avec des linges imprégnés d’alcool – qui, comme le savon, dissout les saletés – et parfumés pour masquer les odeurs corporelles.

Un peu plus tard, au XVIIe siècle, la population – et la noblesse – n’est pas encore accroc au pommeau de douche (blague à part, il y a de l’eau courante partout à Versailles, donc pas excuse) et on a très peur de l’eau qui véhiculerait des maladies et contaminerait les organes. Résultat, des ablutions minimalistes à grand renfort d’eau parfumée qui nous valent encore, Français, une solide réputation de malpropres. Merci Louis XIV…

On retiendra : Eau de Parfum ou Eau de Toilette, une histoire de marketing qui donne malgré tout une certaine idée de la concentration et de la tenue du parfum.